Mai 3, 2017

« Sonner la mobilisation pour faire barrage à Marine Le Pen »

Alors que le débat de l’entre deux tours de l’élection présidentielle à lieu ce mercredi 3 mai, Najat Vallaud-Belkacem a donné une longue interview à Libération dont vous pouvez retrouver ci-dessous un long extrait.

Lire l’interview en intégralité sur le site de Libération


Alors que le front républicain semble avoir vécu, la ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, exhorte la gauche à ne pas se tromper de combat et à faire barrage de façon inconditionnelle à Marine Le Pen.

Pourquoi prendre la parole maintenant ?

Comme le disait Albert Camus, «il est des moments où l’enjeu n’est pas de refaire le monde mais d’empêcher qu’il ne se défasse». Jamais Marine Le Pen n’a été aussi proche de la victoire, non pas d’abord par adhésion, mais du fait de la démobilisation de beaucoup d’électeurs. Il est indispensable de sonner la mobilisation générale pour lui faire barrage, car le danger existe.

La fin de l’automaticité du vote anti-FN n’est pas une nouveauté dans une partie de la droite, mais à gauche aussi, cette tendance a progressé…

Je comprends qu’on puisse se sentir orphelin au soir du premier tour, mais je suis surprise que certains à gauche tergiversent alors qu’il s’agit de barrer la route au FN. Entre Macron et Le Pen, la question ne doit même pas se poser. Lui est républicain, lui est démocrate, lui est de bonne volonté. Et en face, on a une candidate d’extrême droite dont le programme est incompatible avec la République, avec la démocratie et avec certaines libertés fondamentales.

Le seul choix, c’est de voter massivement Macron. Non par adhésion pleine et entière ou pour lui signer un chèque en blanc, mais pour que le score de Le Pen soit le plus faible possible.

C’est un enjeu. Ne pas voter contre le FN avec les meilleures intentions du monde, ça reste ne pas voter contre le FN.

Quand vous rencontrez des électeurs de Mélenchon, que vous disent-ils ?

Les plus sévères, si je caricature un peu, me disent qu’élire Macron en 2017, c’est avoir Le Pen en 2022. Ce raisonnement m’estomaque. Il faudrait donc préférer prendre le risque de laisser le FN accéder au pouvoir dès maintenant (ou faire un score très élevé) pour mieux éviter qu’il ne l’obtienne dans cinq ans ? Ce n’est pas un raisonnement, c’est en réalité un cri de colère. Aux électeurs qui doutent, je dis qu’il s’agit d’élire le gardien de nos institutions et que l’enjeu, c’est justement que perdure la possibilité de s’opposer et de débattre dans un cadre démocratique. Une victoire du FN ne serait pas une «rupture», mais une disparition de ce cadre.

Pour de plus en plus d’électeurs, notamment les plus jeunes, le libéralisme apparaît comme un péril plus évident que le nationalisme…

Mon sentiment surtout, et c’est une différence majeure avec 2002, c’est que des digues politiques et culturelles entre le champ républicain et le FN n’ont cessé de sauter ces dernières années. Et le «ni-ni» prôné par certains lors des élections intermédiaires n’y est évidemment pas pour rien. Ajoutez à cela que la campagne qu’on vient de vivre a énormément alimenté le discours «anti-système» et la tentation de détruire tout ce qui existe. (…)

Ne jouons pas la démocratie à la roulette russe.

Macron semble arc-bouté sur son programme, notamment sa volonté de réformer encore le droit du travail en légiférant par ordonnances. Doit-il donner des gages à la gauche avant le second tour ?

Face à Le Pen, ces questions légitimes ne sont pas à la hauteur de l’enjeu. Son positionnement durant l’entre-deux-tours, c’est sa liberté et sa responsabilité pour l’après, mais ce n’est pas ce qui doit déterminer de s’opposer ou non au FN. Le vote doit être inconditionnel. Il sera temps, dès le 8 mai, de se démarquer des réformes qui ne nous semblent pas aller dans le bon sens.

Au fond, plus les électeurs de gauche seront nombreux à faire barrage à l’extrême droite, moins Macron sera le propriétaire exclusif de sa victoire.

(…)

Macron se pose en candidat de la «bienveillance». Ce sera votre état d’esprit dans l’opposition ?

(..)

 A partir du 8 mai c’est une nouvelle histoire.

Pas seulement vis-à-vis de Macron, mais aussi pour notre famille politique. Je ne fais pas partie de ceux qui disent que le PS est mort. Je veux continuer à le voir exister, reprendre son souffle et son envol. Nous devons travailler sérieusement, modestement, pour convaincre sur nos idées et rénover le parti. C’est ce que j’ai envie de porter demain. (…)

En 2002, vous avez adhéré au PS après le 21 avril… Si vous aviez 25 ans aujourd’hui, où vous engageriez-vous ?

Franchement, aujourd’hui, face au spectacle désolant donné par une bonne part de la classe politique, je ne m’engagerais sans doute pas en politique. Et j’aurais tort, car cette présidentielle montre précisément combien nous avons besoin de politique pour faire société.

Rachid Laïreche , Jonathan Bouchet-Petersen 


 

error: Content is protected !!