Christian Schiaretti soutient Najat

Chère Najat,

Bloqué à Paris par des obligations professionnelles, je t’adresse ces quelques questions par la voix de Guillaume Cancade, administrateur général du TNP, qu’il soit remercié de son geste.

Je regrette mon absence, notre institution te doit beaucoup tant pour ses travaux de refondation que récemment encore pour la pérennité de sa direction.

À ce propos d’ailleurs, ta défense de notre cause prouve que tu sus affirmer l’intérêt de la commune auprès de  l’autorité d’un ministère de la Culture, qui pourtant faisait partie du même gouvernement que toi, et qui lui, aurait bien vu l’aventure s’arrêter là.

Tu as su discerner le proche du lointain. C’est ce discernement qui guide ma requête… :

Je te demande donc Najat d’affirmer haut et droit que la décentralisation sert les intérêts de proximité où se trouvent les outils dont elle assure le fonctionnement.

Notre maladie centralisatrice, qui aux mauvais jours peut devenir un pur et simple parisianisme, fait de nos régions ou de nos communes des dépendances que l’on visite parfois.

Le déséquilibre financier entre les subventions accordées aux équipements de la capitale et des régions n’en est qu’un signe, le plus grossier.

Il y a plus subtil et les artistes ne sont pas innocents d’une distinction sournoise, qui fait du détour par Paris, la preuve de la pertinence de la présence d’un artiste en région. Attirés par les trompettes de la renommée, l’artiste fait la roue et le politique propose des dîners ou des médailles…

Or, c’est précisément non pas l’artiste qui bénéficie de l’argent public, telle une œuvre d’art souhaitant son entretien, mais le public lui-même, c’est à dire les citoyens…

Dans l’ambition claire d’un ministère de la Culture, il y a cette évidence toute simple que le billet coûterait dix fois plus cher si l’argent public n’intervenait pas dans nos affaires : c’est le public qui est subventionné d’abord, cela suppose pour l’artiste des obligations, pour le public un droit, et pour le politique un esprit d’exigence lui évitant d’être le sempiternel défenseur de la création mais au-delà, le défenseur d’un projet républicain…

Je crains un devenir de pensée unique et de centralisme réaffirmé, dans lequel les courtisans fleuriront et, nominations à l’appui, viendront en province visiter leurs nouveaux appartements.

Je te demande d’affirmer la spécificité de cette commune, la noblesse de son histoire, l’irrédentisme de ses outils… C’est un combat d’un David isolé contre un Goliath élégant. Sa force principale est sa sincérité.

Amitiés

Christian Schiaretti

 

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